La crise du logement en Flandre

Le logement connait des problèmes profondément structurels en Flandre, où beaucoup de gens vivent dans des logements trop chers, précaires ou de mauvaise qualité. La situation empire d'année en année, sans que les pouvoirs publics ne parviennent à mettre en œuvre une politique du logement efficace.

**La crise du logement comporte de nombreuses facettes et est vécue différemment en fonction des personnes.*** Logements sociaux : de nombreuses familles sont sur liste d'attente, mais trop peu de logements sociaux sont construits. Le nouvel objectif à long terme n'offre pas non plus de perspectives suffisantes pour les familles en situation de précarité.

  • Location sur le marché privé : les locataires souffrent de la forte augmentation des loyers, de la discrimination, des cautions élevées et de la mauvaise qualité de nombreux logements. La gentrification s'accentue dans les villes.
  • Achat sur le marché privé : les ménages empruntent le maximum pour pouvoir acheter une maison. Souvent, il ne leur reste pas assez de budget pour les travaux de rénovation nécessaires. Les aides publiques à la rénovation ne sont souvent pas accessibles à ces personnes.
  • Sans-abrisme : la grave pénurie de logements sociaux et de logements abordables rend particulièrement difficile la lutte efficace contre le sans-abrisme, ce qui oblige les personnes concernées à rester trop longtemps dans des hébergements temporaires.

Logement social

  • La liste d'attente ne cesse de s'allonger. Environ 200 000 ménages sont actuellement inscrits sur cette liste d'attente - beaucoup ne prennent même plus la peine de s'inscrire tant l’attente est longue. Des études montrent qu'au moins 240 000 personnes seules et familles sont éligibles à un logement social en Flandre.
  • Une nouvelle trajectoire d’augmentation du parc a été décidée pour 2042, qui prévoit la construction de 55 000 nouveaux logements sociaux au maximum. Cela ne résoudra cependant qu'une fraction du problème.
  • La réforme du système de logement social vise principalement à rendre le droit au logement en Flandre de plus en plus conditionnel. Il faudra bientôt réussir un examen de langue de niveau B1, ne disposer que de très peu d'économies, avoir très peu de chances d'obtenir un logement via d’autres voies, être inscrit au VDAB et accepter leurs propositions, etc. Toutes ces conditions ajoutent une couche de stigmatisation envers les personnes en situation de précarité, alors que leurs chances d’accéder au logement social diminuent.

Louer sur le marché privé

  • Les chiffres du Steunpunt Wonen (Centre d'aide au logement) sont éloquents :
    • 3 locataires privés sur 10 ne disposent pas de suffisamment de ressources pour vivre dignement après avoir payé leur loyer.
    • Plus de la moitié des locataires privés consacrent plus de 30 % de leurs revenus au loyer.
    • La moitié des locataires flamand.es ont du mal à payer la garantie locative de trois mois.
    • Près de la moitié des logements locatifs privés ne répondent pas aux exigences minimales de qualité
  • Les personnes qui louent sur le marché privé mais qui rencontrent des difficultés financières risquent d'être expulsées de leur logement. En 2024, 9 843 personnes seules et familles étaient menacées d'expulsion.
  • De plus en plus de contrats de courte durée sont conclus. Cela permet aux bailleurs de résilier plus facilement le contrat, ce qui ajoute un élément de stress pour les locataires qui peuvent à tout moment perdre leur logement.
  • La discrimination persiste sur le marché locatif privé. Ces dernières années, de nombreuses études ont été menées à travers des tests pratiques sur cette problématique. Elles ont systématiquement montré que les personnes dont le nom ne sonne pas flamand ont moins de chances de trouver un logement à louer partout en Flandre. Des tests pratiques juridiques pour différents motifs de discrimination font partie de la solution.

Sans-chez-soirisme

  • Environ 20 000 personnes vivent dans une situation de sans-abrisme en Flandre, dont un quart sont des enfants.
  • Trop de personnes deviennent et restent sans abri. Il est nécessaire de mettre en place une prévention forte et des solutions axées sur le logement. Le plan d'action flamand contre le sans-abrisme n'est pas suffisant.

Politique du logement

Le gouvernement flamand n'intervient pas suffisamment pour mettre fin à la crise du logement. Il n'est pas suffisamment pris conscience de la nécessité d'un gouvernement plus actif pour influencer le marché du logement de manière à ce que chacun puisse trouver un logement.
Aucune injection financière n'est prévue pour augmenter les primes et les allocations de loyer. La garantie locative reste fixée à trois mois et l'impunité en matière de discrimination persiste. La lutte contre le sans-abrisme reste cantonnée à de petits projets qui manquent d'envergure. Pour la première fois, le loyer et la qualité sont liés grâce à l'interdiction annoncée d'indexer les loyers des logements énergivores, mais cela ne résout pas suffisamment le problème de l'inaccessibilité financière.
De plus, il n'y a pratiquement pas de nouveaux logements sociaux. Le secteur du logement social est négligé et il n'est pas question de rattraper le retard.
De plus, ce marché locatif social est moins accessible aux personnes les plus vulnérables. Les liens locaux ont été renforcés et le nouveau système d'attribution n'offre pas suffisamment de possibilités aux personnes les plus vulnérables en matière de logement. Entre-temps, les personnes sans domicile fixe sont coincées dans des centres d'accueil, faute de pouvoir accéder à un logement durable.

Woonzaak

De nombreuses organisations ne sont toutefois pas restées les bras croisés et ont engagé une procédure devant le Comité européen des droits sociaux sous le nom de « Woonzaak ».
Woonzaak a obtenu gain de cause et la Flandre a été condamnée pour sa politique du logement injuste. Nos pouvoirs publics doivent garantir à chacun d'entre nous un logement adapté, de bonne qualité, dans un environnement décent, à un prix abordable et avec une sécurité d'occupation.

Sources

  • de Smalen, D., C Van den Broeck, K. (2025). Wonen in Vlaanderen anno 2023. Steunpunt Wonen, 183 p.
  • Winters, S., Sansen, J., Heylen, K., Van den Broeck, K., Vanderstraeten, L., C Vastmans, F. (2021). Vlaamse woonmonitor 2021. Louvain : Steunpunt Wonen.
  • VVSG : https://www.vvsg.be/nieuwsoverzicht/uithuiszetting-bedreigt-nog-steeds-189- gezinnen-per-week-in-vlaanderen