Pourquoi manifester pour le logement à Bruxelles ?

Parce que derrière la « crise du logement », se cache en réalité une crise de l'ACCÈS au logement.

La quantité de logements produits à Bruxelles est suffisante, mais leurs prix sont impayables pour la plupart des Bruxellois. En 30 ans, le loyer moyen a augmenté de plus de 200 % {1}, augmentant fortement la part du revenu allouée au logement. Les ménages dont les revenus ne dépassent pas 1 500 € consacre en moyenne 60 % de leur budget au loyer. Autant d’argent qui n’est plus disponible pour les autres dépenses telles que l’alimentation, la santé et l’éducation… Agir sur le logement permet d’agir sur tous les autres domaines de la vie.

Un logement n’étant pas un bien dont on peut se passer, les bruxellois·es se retrouvent pris au piège, contraint.es à des efforts financiers de plus en plus importants pour garder un toit sur leur tête. Des jeunes restent coincé·es chez leur parents, des personnes se retrouvent forcées à cohabiter, des couples qui ne s’entendent plus sont bloqués ensemble… Pour les plus pauvres, les arbitrages deviennent impossibles : se saigner financièrement, se serrer dans un logement surpeuplé, accepter un logement indigne… ou les trois ?! Certain·es n’y parviennent tout simplement plus comme le témoigne l’augmentation du nombre de personnes sans-chez-soi (plus de 5 000 {2}), et les près de 4 000 ordres d’expulsion prononcés chaque année à Bruxelles {3}.

Parce qu’on refuse que le marché privé soit laissé totalement libre.

Mis à part la faible production de logements publics et une socialisation coûteuse et temporaire de quelques 5 500 logements privés via le système des Agences Immobilières Sociales (AIS) {4}, le marché du logement est historiquement peu régulé à Bruxelles. Dans un pays où l’on régule fortement d’autres secteurs liés aux besoins fondamentaux comme la santé ou l’éducation, le marché immobilier, lui, reste un terrain de jeu pour les investissements spéculatifs.

Comme tout marché, celui du logement peut être encadré, les profits peuvent être taxés et des normes peuvent être imposées pour réguler les prix des loyers, ainsi que pour la qualité des logements. Plusieurs pays européens encadrent le marché du logement : à Paris {5}, et en Suède {6} notamment. Alors pourquoi ne pas encadrer les loyers à Bruxelles ?

Parce qu’on refuse que le logement social soit abandonné par les autorités publiques.

Plus de 52 000 ménages patientent sur la liste d’attente des logements sociaux {7} (alors qu’il n’y a que 40 000 unités de logements sociaux, déjà occupées !) {8}. Pour un logement d’une à deux chambres, le temps d’attente moyen est de 10 ans {9}… Bruxelles compte seulement 7 % de logements sociaux, c’est beaucoup moins que d’autres grandes villes proches comme Paris (19 %), Londres (21 %) ou Amsterdam (42 %).

Il est temps que Bruxelles se tourne vers une réelle politique de création massive de logements sociaux. Comment ? En réquisitionnant gratuitement les biens laissés vides ou insalubres ; en exigeant 33 % de logements sociaux dans toutes nouvelles constructions et transformations de trois logements ou plus ; et en ne cédant plus jamais de terrain public à des privés !

Parce qu’on conteste le soutien à l’accession à la propriété comme priorité politique.

Les politiques de soutien à l’accession à la propriété (abattement fiscal, production de logements acquisitifs publics, aides à la rénovation,…) visent un public trop large et provoquent une hausse des prix de l’immobilier alors que leur efficacité à « fixer la classe moyenne à Bruxelles » est remise en cause {10}. En faisant de la sorte, les autorités manquent leur cible.

Pour toutes ces raisons, rejoins-nous à la manifestation du 26 mars !

Le droit à un logement décent est inscrit dans notre Constitution à l’article 23, pourtant il est loin d’être une réalité pour une majorité de la population bruxelloise. En effet, les locataires les plus pauvres se trouvent touché·es de plein fouet par les crises et luttent pour se loger.

Or les politiques ont les moyens de changer les choses, il est donc nécessaire de se mobiliser pour que les pouvoirs publics mettent en place des politiques publiques qui prennent en compte les besoins des locataires.

Cette année, le Housing Action Day porte 3 revendications:

  • Une baisse des loyers immédiate !
  • La fin des expulsions et la régularisation pour tous·tes !
  • Plus de logements sociaux et d'alternatives au marché privé !

Viens faire valoir tes droits en tant que locataire ou sympathisant·e et rejoins-nous à la manifestation pour un logement décent et abordable le dimanche 26 mars 2023 ! Des manifestations auront lieu à Bruxelles et à Liège !


Bibliographie

Note de synthèse BSI. Le logement à Bruxelles : diagnostic et enjeux, Numéro 99, 6 juin 2016
Dossier « Au marché du logement », Bruxelles en mouvement, n°303, nov-déc. 2019, Inter-Environnement Bruxelles
Les publications du Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat
Baromètre social. Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté, Observatoire de la santé et du social Bruxelles, 2019
Les publications de la SLRB
La Strada, « Dénombrement des personnes sans-abri et mal logées (5ème édition) », 2018
Bureau Fédéral du Plan, « Perspectives de population 2018-2070 »
Observatoire des permis logement
Le Soir, « En dix ans, le prix des maisons a augmenté de 38% à Bruxelles (carte interactive) », 21/02/2020
Le Soir, « Le prix moyen des maisons et appartements a grimpé de 5% en un an à Bruxelles (carte interactive) », 15/01/2020
Statbel, Risque de pauvreté en 2021.
Bruss’Help, Dénombrement des personnes sans-abri et mal logées en Région de Bruxelles-Capitale, sixième édition, 9 novembre 2020.
Baromètre social, Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté, Observatoire de la santé et du social Bruxelles, 2021.
Baromètre social, Résumé du rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté, Observatoire de la santé et du social Bruxelles, 2021.
Bruxelles Logement, Nouvelle méthode de calcul de l’indexation des loyers basée sur le PEB, 14 octobre 2022.
Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale, Rapport annuel, 2021.
Institut bruxellois de statistique et d’analyse (IBSA), Panorama socio-économique 2022: contexte économique, social et environnemental de la Région de Bruxelles-Capitale, Décembre 2022.
✗ Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB), Rapport annuel 2021, 2022, p.22, source (consulté le 19 janvier 2023)
✗ FEDAIS asbl, Dossier de presse: Les Agences Immobilières Sociales (AIS): Présentation, chiffres et témoignages sur le secteur, Février - Mars 2019, source, (consulté le 19 janvier 2023).
✗ Inter-environnement Bruxelles, Le logement, c’est la (non) santé!, 7 juin 2022, source (consulté le 19 janvier 2023).


{1} Institut bruxellois de statistique et d’analyse (IBSA), Panorama socio-économique 2022: contexte économique, social et environnemental de la Région de Bruxelles-Capitale, Décembre 2022, p.52, source (consulté le 18 janvier 2023).
{2} Bruss’Help, Dénombrement des personnes sans-abri et mal logées en Région de Bruxelles-Capitale, sixième édition, 9 novembre 2020, p.29, source (consulté le 18 janvier 2023).
{3} https://bru-home.ulb.be/
{4} FEDAIS asbl, Dossier de presse: Les Agences Immobilières Sociales (AIS): Présentation, chiffres et témoignages sur le secteur, Février - Mars 2019, source, (consulté le 19 janvier 2023).
{5} Ville de Paris, L’encadrement des loyers parisiens, source, (consulté le 01 mars 2023). {6} Sveriges Allmännytta, Rent setting in Sweden, source (consulté le 01 mars 2023).
{7} Institut bruxellois de statistique et d’analyse (IBSA), Panorama socio-économique 2022: contexte économique, social et environnemental de la Région de Bruxelles-Capitale, Décembre 2022, p.52, source (consulté le 18 janvier 2023).
{8} Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB), Rapport annuel 2021, 2022, p.22, source (consulté le 19 janvier 2023).
{9} https://www.7sur7.be/belgique/le-temps-d-attente-moyen-pour-un-logement-social-en-region-bruxelloise-frole-les-12-ans~a550630b/
{10} https://journals.openedition.org/brussels/6192